Jazz, Impro & C° – La gAZZette de novembre 2020

La gAZZette normande.

La pandémie de Covid-19 a des effets désastreux pour la vie culturelle, c’est une évidence. Les lieux de culture sont fermés. Les artistes ne travaillent plus en présence du public. Les échanges internationaux sont désormais inexistants. Comme l’écrivait l’ami Yves Dorison dans un de ses billets d’humeur sur CultureJazz.fr, on peut militer pour les circuits-courts dans le domaine des biens de consommation mais pour la culture et le jazz en particulier, élargir notre horizon est absolument indispensable.

Enfermement franco-français

Depuis belle lurette, je regrette l’enfermement franco-français des programmes de nombreux festivals et lieux de diffusion. Peut-on y voir de l’effet cumulé d’un déficit de curiosité des programmateurs et d’un maillage par des agences artistiques et des organismes d’aides aux musiciens qui donnent la préférence aux musiciens de l’hexagone, sauf exceptions ? Le « marché » du spectacle vivant a ses circuits établis et ses réseaux. Il est difficile d’en sortir sans une détermination artistique forte. C’était pourtant le cas dans les années 70-80 avant que le jazz n’obtienne une reconnaissance « officielle » et institutionnelle (avec ses effets pervers).

Musique enregistrée, mieux que rien !

En attendant que l’espace ne s’ouvre à nouveau et permettre des échanges internationaux et inter-continentaux, il ne nous reste la musique enregistrée/filmée… À ce propos, le rituel catalogue de disques, édition de novembre 2020 est proposé en téléchargement au pied de cette page. Il y a encore de belles choses à écouter. Rendez-vous sur la page des disques du mois, ici


Fidel et Théo sont dans le même bateau…

(Souhaitons que rien ni personne ne tombe à l’eau !)
À Coutances, le festival Jazz sous les Pommiers et le Théâtre Municipal ont choisi le tromboniste Fidel Fourneyron et le violoniste Théo Ceccaldi pour assurer la nouvelle résidence de trois ans. Ils prennent la suite d’Anne Paceo (batterie, compositions). Un choix bicéphal qui n’est pas pour nous déplaire et ce pour diverses raisons. Voyons cela…
Il ne s’agira pas a priori d’un travail en binome même si les deux musiciens se connaissent bien. Ils ont collaboré pour quelques projets ponctuels et plus durablement dans l’Orchestre National de Jazz qu’a dirigé Olivier Benoit de 2014 à 2018. Un orchestre qui n’aura jamais joué à Coutances, soit dit en passant. Les univers musicaux dans lesquels chacun évolue sont assez différents pour augurer d’une probable diversité esthétique.

Collectifs

Il est important de signaler que l’un et l’autre sont engagés dans des collectifs de musiciens aux tempéraments marqués, ce qui élargit considérablement leur ouverture artistique. Fidel Fourneyron gravite dans la sphère du collectif Umlaut lié au remarquable label européen Umlaut records. Théo Ceccaldi avec son frère Valentin (violoncelle, basse) et quelques amis fidèles ont créé à Orléans le Tricollectif, structure associative qui bouillonne de projets souvent épatants et parfois décapants.

Fidel Fourneyron : un parcours diversifié

Fidel Fourneyron 2020 –
© Sébastien Toulorge

Fidel Fourneyron a franchement les pieds dans le jazz, y compris dans ses formes les plus classiques avec le Duke Orchestra de Laurent Mignard ou l’Umlaut Big Band par exemple (cf. Coutances – 20/09/2020– CultureJazz.fr). C’est à partir de la sphère du jazz qu’il construit des projets qui prennent la forme d’explorations toujours passionnantes. Ainsi avec les trios Un Poco Loco ou Animal, son solo de trombone (High Fidelity) ou une réinvention de la musique cubaine avec le tentet ¿ Que Vola ? (liste non exhaustive). C’est aussi un amoureux des cuivres et des musiques populaires avec une fibre pédagogique indéniable, ce qui l’amène à créer et diriger des fanfares amateures comme La Fanfare du Carreau.

Spécialiste

Pour attester de ses compétences, Fidel Fourneyron peut se prévaloir d’être un spécialiste des résidences d’artistes ! Artiste en résidence à la Dynamo de Banlieues Bleues (Pantin, 93) en 2017 puis artiste associé au Petit Faucheux de Tours en 2018 et 2019, il va mener en parallèle deux résidences de trois ans à La Barbacane (Beynes, Yvelines) et à Coutances !
Interrogé sur ce cumul d’actions de longue durée, il m’a répondu très tranquillement qu’il mènerait les deux résidences de front de manière complémentaire. Le calendrier est équilibré alors tout va bien. Il espère seulement que les concerts pourront reprendre. On le souhaite vivement car le projet est prometteur !

Théo Ceccaldi : le look et le talent.

Théo Ceccaldi trio, Coutances, mai 2014 - © T. Giard
Théo Ceccaldi – 1er concert à Coutances en mai 2014.

Il y a chez Théo Ceccaldi une composante de mise en scène (de se mettre en scène) de façon un tantinet décalée qui n’est pas sans rappeler un autre barbu, Thomas de Pourquery. Voilà de quoi réactiver des souvenirs aux coutançais puisque ce dernier fut aussi un résident célèbre de la cité épiscopale. Notez bien que Thomas de Pourquery figure au casting impressionnant du dernier disque en date des frères Ceccaldi et de leur tribu du Tricollectif, « Constantine« … Encore un disque dont la sortie est décalée en décembre (je le garde au frais d’ici-là ! Il sera au prochain catalogue Zarbalib’r).
À Coutances, Théo Ceccaldi s’est produit à deux reprises avec son trio (Valentin Ceccaldi, Guillaume Aknine). On l’a entendu aussi, entre autres, dans le Grand Orchestre du Tricot avec le délicieux et délirant « Tribute to Lucienne Boyer« .

Des idées pour la suite…

Théo Ceccaldi a plusieurs cordes à ses violons (il joue aussi de l’alto). On imagine qu’il doit avoir de belles idées en tête pour cette résidence. Je me permettrai de lui en souffler une… Aux débuts de son trio, il reçut le soutien de la contrebassiste-improvisatrice Joëlle Léandre qui fut un temps leur « marraine ». Sachant que cette grande musicienne n’a jamais joué à Coutances, il serait bienvenu d’effacer cet oubli, non ?
Pour le reste, on peut lui faire confiance. Il proposera sans doute quelques formules pétillantes, palpitantes et pourquoi pas avec la complicité de Fidel Fourneyron ?


LE TYMPAN, un pôle jazz en Normandie ?

Dans sa lettre d’information de novembre, le Collectif Pan (ex Collectif Jazz de Basse-Normandie) présente le projet d’un pôle jazz en Normandie :

Tympan, projet de pôle jazz en Normandie, collectif Pan à Caen 14

« Le Collectif PAN va fêter en 2021 ses 25 ans d’existence.
Pour célébrer ce quart de siècle, il a monté un dossier afin d’ouvrir une salle dédiée au jazz et aux musiques improvisées dans l’agglomération caennaise. Enfin ! » (communiqué)

Voilà une excellente nouvelle !
Pour en savoir plus et soutenir le projet, on peut se rendre sur cette page : www.collectifpan.fr/tympan

Il suffit juste d’attendre le retour à des jours meilleurs pour que la vraie vie d’avant reprenne !


La page consacrée aux disques du mois est en ligne ! Vous pouvez cependant consulter et télécharger le catalogue de disques Zarbalib’r de novembre

À suivre…